Oral turinabol
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Le produit vendu par Jenapharm (ex VEB Jenapharm du temps de la RDA) sous le nom de Oral Turinabol est un stéroïde anabolisant célèbre pour avoir fait les beaux jours du sport Est-allemand dans les années 70 et 80 (11 médailles d'or pour la RDA sur 13 courses de natation féminine aux JO de 1976).
Des voix s'ataient élevées à l'époque pour mettre en doute ces exploits, suggérant des "vaccins anti-fatigue" ou autres "produits miracle" non détectés par les contrôles du moment, voir à ce sujet dans Swimming World de Octobre 1973 la traduction de Nick Thierry (maintenant rédacteur en chef de Swimnews et membre du Bureau de la FINA) d'un article de France-Soir: Why are the East Germans so good? (PDF)
Deux millions de comprimés par an auraient été distribués à plus de 10000 athlètes dans le cadre du plan d'état 14:25, selon les archives très complètes de la STASI découvertes en 1991 dans un hôpital militaire de la banlieue de Berlin Est (Medical Academy of the National People’s Army à Bad Saarow, voir bibliothèque de documents du Dr. Steven Ungerleider).
C'est une substance interdite chez les sportifs (journal officiel du 7 mars 2000). Elle est difficilement détectable directement car son temps de métabolisation est de 16 heures. Indétectable du temps de sa splendeur, ce produit reste maintenant trahi 6 semaines par ses métabolites: 6 beta-hydroxy-turinabol, 6 beta, 12-dihydroxy-turinabol, et 6 beta, 16-dihydroxy-turinabol. Le 17 epi-turinabol est aussi détecté depuis plusieurs années.
C'est un stimulant de l'hématopoïèse, qui a été remplacé dans ce rôle par l'EPO à une époque plus récente. Le produit stimule aussi la synthèse protéique, accroît la masse musculaire, stimule la croissance de la matrice osseuse. En résumé c'est un produit capable d'augmenter la force, la vitesse, la résistance et les performances des athlètes. Les documents de l'Allemagne de l'Est donnent une augmentation sur une olympiade (quatre ans) de 2,5 à 4m au lancer du poids, de 10 à 12 m au lancer du disque et de 6 à 10m au lancer du marteau. Les effets étaient encore plus spectaculaires chez les femmes, qui recevaient à cette époque des doses comparables à celles administrées aux hommes (jusqu'à 35mg par jour pour une production naturelle de l'ordre du milligramme).
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Présentation
Le produit développé et fabriqué par l'entreprise d'Etat VEB Jenapharm a connu ses premières applications cliniques en 1965, et dès 1966 il a été utilisé pour améliorer les performances d'athlètes masculins. L'administration à des jeunes athlètes féminines a commencé pour la préparation des Jeux Olympiques de 1968.
Le principe actif du médicament est la Chlorodéhydrométhyltestostérone, version chloro-substituée de la méthandrosténolone ou Dianabol, il est plus connu sous son abréviation "OT" ou "T-bol". Dans d'autres pays il est vendu sous le nom de steranabol ou test-anabol. Les premiers comprimés de "vitamines" distribués aux athlètes Est-allemands étaient bleus (voir article du New Yorker).
C'est un stéroïde 17-alpha-alkylé, sa formule alpha-alkylée lui permet (comme au Dianabol) d'être actif par voie orale et de traverser la première barrière du foie. Malheureusement cette caractéristique augmente aussi sa toxicité hépatique.
La formule brute C20H27O2Cl donne une nomenclature UIPAC 4-chloro-17b-hydroxy-17a-methyl-androst-1,4-dien-3-one, parfois nommée par rapport à la testostérone 4-chloro-1-déhydro-17 alpha-méthyltestostérone, avec une masse moléculaire moyenne de 334.8854.
Le Vidal donne une valeur de 53 pour les capacités anabolisantes et 0 à 6 pour les propriétés androgènes par rapport à la valeur étalon 100 attribuée à la testostérone. Les posologies les plus courantes sont de l'ordre de 10 à 50mg/jour chez l'homme, avec une recommandation maximale actuelle chez les femmes de 5 à 15mg/jour, et les comprimés sont souvent de 1, 5 ou 10mg.
Effets secondaires
En dehors des effets les plus connus et les plus visibles des stéroïdes anabolisants en général, tels que la virilisation ou l'hirsutisme, la forme orale ajoute de nombreux cas de maladies chroniques du foie liées à sa toxicité hépatique, et pour les femmes de fausses couches et malformations du foetus. Les effets androgène et antigonadotrope sont considérés comme certains pour le turinabol sous toutes ses formes. Une lanceuse de poids a été conduite à changer de sexe, elle a ensuite épousé une nageuse rencontrée aux procès intentés à leurs instances sportives communes (voir article du New York Times).
Rica Reinisch, triple championne Olympique et détentrice d'un record du monde aux Jeux Olympiques de Moscou en 1980, a depuis souffert de plusieurs fausses couches et de kystes ovariens récurrents. Martina Gottschalt a estimé que le pied-bot de son fils de 15 ans pourrait être une conséquence de l'absorption d'anabolisant avant sa grossesse; Jutta Gottschalk au même procès a exprimé l'hypothèse que la cécité de l'oeil droit de sa fille pourrait provenir aussi des anabolisants.
Birgit Meineke-Heukrodt ex-championne du monde de nage libre a souffert d'une hépatite C et d'une tumeur au foie. Christiane Knacke-Sommer a témoigné en 1998 au procès contre ses entraîneur et médecin Rolf Gläser et Dieter Binus pour l'avoir droguée à son insu avec des comprimés et des injections de "vitamines" qui étaient respectivement du Oral-Turinabol et de l'hormone mâle ou du Depot-Turinabol. Les symptômes étaient une violente acné, un développement de la pilosité pubienne recouvrant l'abdomen, une libido incontrôlable et une mue spectaculaire de la voix, accompagnant une montée impressionnante de ses performances dans les bassins pour culminer avec une médaille de bronze au 100 mètres papillon aux Jeux Olympiques de Moscou en 1980, qu'elle rendit en 2000.
Rolf Gläser et Dieter Binus (ex-médecin du club Dynamo de Berlin et directeur de l'équipe de natation féminine de 1976 à 1980) ont été respectivement condamnés en 1998 à 4000 et 6000 EUR d’amende, condamnations très symboliques pour des blessures corporelles volontaires sur un si grand nombre de jeunes athlètes.
La chute du mur a fait émerger la vérité: le livre "Faust's Gold" de Steven Ungerleider raconte ce sombre épisode qui fut appelé le procès du siècle dans le domaine du dopage. Carola Nitschke-Beraktschjan, qui a détenu le record du monde du 100 mètres brasse, a aussi demandé de faire effacer son nom des tablettes des records et proposé de rendre ses médailles.
Les anabolisants en général et plus particulièrement les androgènes alkylés en C17 peuvent être cause d'hépatite cholestatique, on a aussi évoqué leur rôle dans la survenue de péliose, d'adénome ou de cancer hépatique. Les athlètes Est-allemands ont aussi mentionné l'insuffisance hépatique, des tumeurs inexplicables, des hémorragies internes et des dépressions.
Au moins un décès direct est attribué au produit: George Severs a été découvert sans vie au fond d'un bassin après un arrêt cardiaque. La version officielle pour ses parents était une noyade suite à un malaise conséquence d'une grippe. Vingt ans plus tard le rapport d'autopsie révélait la cause de la mort: empoisonnement du foie.
Conséquences judiciaires
Les preuves abondent grâce à la précision des études scientifiques Est-allemandes: aux championnats du monde de 1986, Kristin Otto a établi un record du monde du 100 mètres nage libre, avec un final exceptionnel sur la dernière longueur. Selon les données Est-allemandes, le jour de sa course Kristin Otto avait un rapport T/E (testostérone/épitestostérone) de 18:1 contre 1:1 couramment chez le sportif et une limite définie plus tard de 6:1.
Manfred Ewald, qui avait commencé sa carrière dans les jeunesses hitlériennes avant de passer du national-socialisme au communisme et d'arriver à la tête du sport Est-allemand, membre du Comité central du Parti communiste (SED), secrétaire d'Etat, député, président de la Confédération du sport de RDA (DTSB) et président du Comité national olympique est-allemand, ainsi que Manfred Höppner, directeur adjoint et médecin-chef du Service de médecine sportive (SMD), et qui avait vendu certains documents compromettants au magazine Stern (n° 49, 1990), ont été entendus lors d'un procès en mars 2000, mais considérés comme complices, ils n'ont été condamnés qu'à des peines avec sursis.
Le Dr Lothar Kipke qui a dirigé le programme de dopage systématique de 1975 à 1985, a été condamné à une amende de moins de 6000 EUR et une peine de quinze mois de prison avec sursis pour 58 cas de blessures corporelles sur de jeunes nageuses. Il a été médecin officiel de la Fédération de natation de 1978 à 1984 et de 1977 à 1991, membre du comité médical de la Fédération internationale de natation (FINA) pour laquelle il a travaillé sur le règlement anti-dopage.
Guenter Erbach, secrétaire d'état aux sports de la RDA de 1974 à la chute du mur en 1989 et Rudolf Hellmann, directeur des sports du parti communiste Est-allemand depuis 1960, ont été condamnés chacun à 10 mois de prison avec sursis par un tribunal de Berlin, pour 137 cas de complicité de blessures corporelles à des nageuses qui ont reçu des stéroïdes à leur insu dans leur adolescence.
Aucune peine de prison ferme n'a été prononcée pour l'utilisation massive, planifiée et secrète de ce produit en Allemagne de l'Est. Peter Boerner, Helga Boerner et Alfred Papendick ont été pourtant reconnus coupables d'avoir contribué aux blessures corporelles de 16 sportifs et neuf sportives, dont une fille de 13 ans, en tant qu'entraîneurs dans des clubs d'Allemagne de l'Est entre 1974 et 1989.
La fédération olympique DOSB a accepté en décembre 2006 d'indemniser chaque athlète plaignant à hauteur de 9250 EUR, et une semaine plus tard Jenapharm, qui avait pourtant toujours plaidé la légalité de son produit et la mauvaise utilisation par les entraîneurs, a accepté de payer un montant équivalent à chaque athlète plus 170000 EUR à un fonds d'indemnisation des victimes du dopage, en échange du retrait de la plainte déposée par 160 athlètes.
Successeurs et produits voisins
Le produit se trouve encore référencé, discuté et recommandé dans le milieu culturiste, au moins en Allemagne et aux Etats-Unis (voir ci-dessous Liens externes).
Le turinabol injectable aussi appelé clostebol est vendu sous la forme acétate de costebol, ou par son nom officiel acétate de chloro-4 oxo-3 androstène-4 yle-17 bêta.
Le dianabol (Méthandrosténolone souvent surnommé D-bol ou Diana) est un produit voisin très courant dans le milieu de la musculation, parce que plus efficace pour la prise de muscles et surtout la rétention d'eau que pour les performances pures. Il est vendu nettement moins cher mais avec des effets secondaires plus sérieux, le fournisseur British Dragon entre autres propose les deux produits. La différence entre les deux molécules est sur la substitution 4-chloro qui empêche l'aromatisation du turinabol oral.
Le Pro-turinabol (arrêt de fabrication en principe en 1974) prétendait associer Turinabol et Oral Turinabol, mais sa présentation en comprimés comme d'autres sources le citant "identique" au Oral Turinabol plaident plutôt pour une présentation différente du même produit. Le produit maintenant vendu sous ce nom par Gaspari nutrition est présenté comme un précurseur ou pro-hormone du Oral Turinabol.
Les imitations ou refabrications (le brevet de Jenapharm est maintenant périmé) ont des noms très voisins voire identiques (Generic Supplements, Hollande): Turanabol chez British Dragon (Thaïlande), Oral Turinabolan chez Moonlight Pharmaceutics (Suisse)
Liens externes
- Pour la gloire de l’Allemagne de l’Est Article historique sur le site de l'UNESCO
- Le site de Jenapharm (allemand)
- La bibliothèque de documents du Dr. Steven Ungerleider par Werner Franke et Brigitte Berendonk
Livres
- Faust's Gold- inside the East German doping machine Par Steven Ungerleider, 2001 Thomas Dunne Books : St. Martin's press, ISBN 0312269773
- Le dropout provoqué par le dopage : comment le sport de haut niveau provoque une tendance autodestructrice Andreas Singler, Gerhard Treutlein - Traduction de l’allemand de Gerhard Treutlein, Charles Pigeassou
- Beyond therapy: biotechnology and the pursuit of happiness The President's Council on Bioethics Washington, D.C. October 2003
Natation
- The East German Doping Machine sur le site ISHOF (International Swimming Hall Of Fame) (en anglais)
- To beat the competition, first you have to beat the drug test The New Yorker 10/9/2001
- Article de BBC News sur le procès intenté à la firme par 160 athlètes (en anglais)
- Hormonal doping and androgenization of athletes: a secret program of the German Democratic Republic government Werner W. Franke, Brigitte Berendonk, à l'origine de la plainte déposée contre Jenapharm (texte intégral et PDF gratuit, en anglais)
- A COMMENT ON THE USE OF ANABOLIC STEROIDS IN WOMEN'S OLYMPIC SWIMMING A Chronicle of the 100-Meters Freestyle International Review for the Sociology of Sport, Vol. 34, No. 2, 173-180 (1999)
- Shirley Babashoff Breaks 30-Year Silence on East Germany's Systematic Doping of Olympians Lane 9 News 10/01/07
- Readers React Strongly To Shirley Babashoff's Comments About East Germany's 1976 Systematic Doping of Olympians Lane 9 News 1/03/07
- Shirley Babashoff fait une rare déclaration sur le dopage est allemand Swimnews-France, 11/1/07
- Une entreprise pharmaceutique indemnise les victimes du dopage est-allemand Swimnews-France, 25/12/06
- Indemnisation mais pas de solde de tout compte pour les victimes du dopage de l'ex-RDA Swimnews-France, 15/12/06
- Petra Schneider demande l'effacement de son record Swimnews-France, 30/12/05
Presse généraliste
- Funestes cocktails hormonaux en RDA Libération 25/1/07
- Dopés, dupés, remboursés et Nous étions des rats de laboratoire L'humanité du 18/12/06
- Dopés de l'ex-RDA: on répare l'irréparable Le temps.ch, 14/12/2006
- East German Steroids' Toll: 'They Killed Heidi' New York Times, 26/01/2004, Dépression et changement de sexe, procès avec médecins et officiels du sport; version française de cet article ici (chercher 'Andreas') au milieu d'autres éléments plus discutables
- Enquête du Washington Post sur les stéroïdes "interdits"
- The New Steroid Underground (en anglais)
- The war on drugs in sport Editorial de BioMedCentral 3 octobre 2000, belle liste de références sur le dopage en général
Culturisme et marché gris
- La fiche 'Oral Turinabol' sur steroids.com
- Discussion concernant le produit sur le forum androgen-steroids.com (en allemand)
- Les formes modernes, caractéristiques, conditionnements et prix du produit (en allemand)
Médecine
- Hepatic tumours induced by anabolic steroids in an athlete
- Homicide and near-homicide by anabolic steroid users
- Doping--anabolic steroid abuse--careless homicide
- Medico-legal aspects of doping
- Effects of Androgenic-Anabolic Steroids in Athletes Sports Medicine. 34(8):513-554, 2004. Hartgens, Fred; Kuipers, Harm
- Anabolic steroids in sport: biochemical, clinical and analytical perspectives Kicman A.T; Gower D.B; Annals of Clinical Biochemistry, Volume 40, Number 4, 1 July 2003, pp. 321-356(36), Publisher: Royal Society of Medicine Press
- Steroid Use and Long-Term Health Risks in Former Athletes Current Opinion; Sports Medicine. 32(2):83-94, 2002. Parssinen, Miia; Seppala, Timo
- Tainted Glory — Doping and Athletic Performance; Timothy D. Noakes, M.D., D.Sc. The new england Journal of Medicine, 26/12/2004
Dopage
- Liste des interdictions de l'AMA (adoptée par la FINA)
- Substances et méthodes interdites sur le site SantéSport du Ministère des sports
- Site en français de l'agence Mondiale antidopage (AMA)
- Code Mondial antidopage de l'AMA
- Site du Tribunal Arbitral du Sport
Références
Allemand
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Anglais
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